Pour continuer dans la démarche initiée il y a quelques notes, et après une relecture de ma part, je ne suis pas sûre d'avoir été tout à fait claire sur la notion du "cadeau" que je pense que
fait une femme à son amoureux(se) en acceptant de mettre son corps "au service du projet commun" pendant neuf mois - et souvent un peu plus.
Encore une fois, je considère qu'il s'agit d'un "cadeau", à défaut d'un meilleur mot, que l'on fait pour son couple, et non à l'autre... Et comme il s'agit d'un "cadeau", il est librement
consenti, et ne réclame rien en retour. (Vosu avez le droit de ne pas être d'accord du tout ^^)
Ceci dit, et en ayant pris soin de mettre légèrement à part le cas des femmes (encore une fois, sans jugement, nous sommes si différentes !) qui avaient envie de vivre une grossesse pour
elles-mêmes, pour savoir ce que ça fait, ce qu'on ressent, pour sentir la Vie en soi, ou tout autre raison, il me semble que passé le moment où l'on accepte de se lancer dans l'aventure, ça se
corse.
(Je dois avouer que j'ai vu passer une idée, et que j'aimerais la figer ici, mais que je ne sais pas encore bien dans quel sens cette note va partir ! :P )
En effet, les femmes enceintes, ou qui souhaitent le devenir (je déteste l'expression "tomber enceinte"... On dirait un accident !) , sont soumise à tout un tas d'injonctions. Auxquelles,
ensuite, il leur appartient de prêter l'oreille, ou non.
Quelques exemples ? Avant la grossesse, arrêter de boire et de fumer, faire une batterie d'examens médicaux, voire de vaccins, adopter une hygiène de vie rigoureuse si elle n'existait pas avant,
prendre des compléments alimentaires. Pendant ? La même chose, plus le repos, encore des tas de consultation et d'examens, le devoir de prendre du poids - mais pas trop ...
Vous allez me dire qu'en fin de compte, tout ça relève plus de l'usage que du devoir. C'est tout à fait exact ! On le sait peu, mais les sept "consultations obligatoires" ne le sont pas. Il est
obligatoire qu'elles vous soient prescrites, c'est tout ! De même, la déclaration de grossesse faite en temps en heure auprès de la Sécu permet
d'être presque sûr(e) de toucher ce à quoi vous avez droit le moment venu, mais si vous ne le faites pas, aucune sanction n'existe. En revanche, la Sécu ayant déjà parfois du mal à traiter tous
les dossiers, vous pouvez vous attendre à ce qu'un dossier "hors normes" mette plus de temps à être régularisé.
Cependant, même si au final, rien de tout cela n'est obligatoire (à titre personnel, je mettrai à part l'arrêt du tabac et de l'alcool, car cela me semble des mesures de bon sens - après,
je n'ai aucune dépendance, donc c'est facile pour moi de dire ça ...) , il me semble que les femmes y sont très fortement poussées.
Ces mesures, plutôt bien pensées, permettent normalement à la future mère de vivre une grossesse saine et avec un minimum d'angoisses, et d'être assurée de tout faire correctement pour la santé
de son bébé, aussi bien que pour sa propre santé.
Là où il me semble qu'il y a une dérive, c'est que toutes ces restictions, examens et médications ne sont plus considérées comme "des choses que l'on fait pour mettre toutes les chances de son
coté", mais comme des obligations. Bien sûr, il existe des professionnels de santé tout à fait géniaux, pédagogues, empathiques.
Mais il existe aussi des gens qui se permettent d'enguirlander la nana qui a pris quelques kilos de trop (sans savoir qu'elle se prive depuis des années pour maintenir un poids qui lui plaît, et
qu'elle se sentira déjà assez mal comme ça quand elle se pèsera quelques temps après la naissance), voire de lui faire la morale parce qu'elle refuse telle ou telle chose (sans se demander une
seconde, souvent, le pourquoi de ce refus) . Sans parler des abruits qui se croient autorisés à engueuler une femme enceinte qui ne les a pas consultés avant, "parce c'est pas comme ça que ça se
passe, enfin ! " Et oui, ils existent. Je ne saurais pas dire dans quelles proportions, j'avoue, mais il y en a. A mon avis, tout ce qu'ils méritent, c'est qu'on les envoie chier. Il y a même des
jours où je me dis que face, à ce genre de personnes, on devrait mettre fin à la consult' , et, suivant les cas, partir sans payer. Après tout, la confiance est rompue, donc la consultation
aussi. Donc, il va falloir aller à une autre consultation. Et qui paiera deux fois, dont une pour du boulot baclé ? La Sécu. Donc nous.
Si cela se bornait au secteur médical, on pourrait quand même presque tenter de comprendre. Après tout, un certain nombre des professionnels de santé français sont "élevés" à ne croire qu'en la
science, les chiffres, ce qu'ils peuvent voir et toucher, et à considérer que les femmes, au mieux ne savent rien, et au pire, sont des menteuses - et des hystériques. Evidemment, ce n'est
pas le cas partout, et même le plus formaté des médecins peut un jour changer d'avis. Ceci dit, soit je suis un mouton noir, soit ils sont très nombreux dans le domaine de la gynécologie ... Je
peux donner des noms ! :P
Là où, à mon sens, le système devient particulièrement pervers, c'est que pour éviter d'avoir à se remettre en question, nombre de médecins pas très glorieux n'hésitent pas à culpabiliser les
patientes, à les laisser entendre qu'elles se comportent comme de mauvaises mères si elles n'obéissent pas. Non seulement, c'est un abus de pouvoir inimaginable, de la part de gens à qui l'on se
confie, devant qui l'on se présente "en état d'infériorité", puisqu'ils ont un savoir que nous ne possédons pas, et que nous les voyons en général car nous sommes souffants.
Mais il est particulièrement injuste face à une femme enceinte. Celle-ci n'est généralement pas malade, et à tout à fait en droit d'estimer qu'on n'a pas le droit de lui faire subir des examens
sans aucune raison. Seulement, on va pouvoir la mettre en état d'infériorité très vite, en lui rappellant que la grossesse et la naissance peuvent mal se dérouler, et avoir la pire des issues.
Certes, c'est vrai. Mais il me semble que c'est loin d'être le cas généra ! Les femmes ne sont pas des idiotes, elles sont capables d'être le premier maillon de la chaîne de soins, en initiant le
dialogue avec le professionnel au moindre signe d'appel . Et elles seront d'autant plus efficaces dans leur propre surveillance qu'elles auront été traitées comme des adultes, capables d'analyse,
et en même temps, qu'elles savent qu'en cas de doute, on est là pour les rassurer.
Seulement, permettre cela, c'est permettre aux femmes de participer à leur grossesse quasiment d'égal à égal ! C'est leur donner le contrôle... C'est donc accepter de se remettre en question de
façon permanente (parce qu'on peut tout à fait rencontrer une patiente partisane de la surveillance la plus minimale,et , une consultation plus tard, se voir contraint d'accepter de faire une
écho à une patiente à peine enceinte, pour la rassurer !).
Et ça, c'est contraire à la société dans laquelle nous vivons. Car nous avons été élevés à penser que les femmes aiment se sacrifier, pour leur mari, et, surtout, pour leur enfants. Je ne trouve
plus la source, mais j'ai lu avec effarement des mecs qui clamaient sans complexe que refuser de se faire examiner, c'était de la maltraitance. Et "qu'ils n'osaient imaginer l'avenir d'un enfant
auquel sa mère refusait les soins les plus élémentaux." Oh, machin ! Le bébé n'étant pas encore né, il s'agit de NOS corps, et que cela te plaise ou non, nous avons le droit de décider ce que
nous en faisons. De même que, quand l'enfant paraît, nous pouvons décider de ne pas l'allaiter, de continuer à bosser... Cela ne fait pas de nous des mauvaises mères ! Cela fait de nous des êtres
complexes, qui ont envie de se consacrer à plusieurs choses à la fois (famille, amis, boulot, oeuvres,art, amis, que sais-je ?) , et qui, du coup, sont parfois obligés de faire des choix.
Et oui ... Et c'est, à mons sens, ce que la médecine essaie de nous faire payer. Sûrement inconsciemment, mais parce qu'elle se place dans le contexte de cete bonne vielle culture
judéo-chrétienne... Après tout, grâce à la pilue et à l'avortement, nous avons acquis la maîtrise de notre fécondité. En d'autres termes , parce que c'est là que le bât blesse, nous pouvons nous
envoyer en l'air et y prendre du plaisir, sans aucune conséquence. Et ça, même si ça n'en a pas l'air, ça choque encore.
Et malgré les injonctions des magazines, des canons qui décrètement que nous sommes trop comme-ci ou pas assez comme ça, malgré tout, nous sommes heureuses la plupart du temps, quand nous n'avons
pas à faire face à de grands malheurs. Que nous faisions un mètre soixante,que nous soyons différentes (en fauteuil, sourdes....), trop rondes, que nous portions des lunettes, ou soyons
"colorées", pas assez sportives, pas assez "working girl-qui-gère-en plus-les-mômes-et-qui-tient-sa-maison-à-quatre-épingles", nous faisons fi la plupart du temps de toutes ces conneries, et
gérons nos vies nous mêmes.
Au passage, une vidéo qui m'avait très très fortement énervée ...
Dans ce cadre très particulier, où la plupart des gens ont encore tant de mal à accepter que les femmes ne veulent pas toutes correspondre au modèle précité, la maternité est, semble-t-il, la
dernière façon de nous faire fermer nos gueules. Parce que, quand on est mère on est censée n'être plus au service que de sa famille, et surtout du (des) enfant(s)... Mon ... oeil !
Alors, la dernère carte qui restait à jouer, maitnenant que la maternité est une volonté et plus une fatalité, c'est celle de la culpabilité. C'est peut-être aussi pour ça que les femmes qui ne
veulent pas d'enfants sont aussi peu écoutées, aussi rejetées...
Pour finir cette note qui commence à être longue (et encore, j'aurai bien un compte à régler avec Mme Badinter, mais je le ferai dans un autre billet) , il me semble qu'il est nécessaire d'être
vigilantes...
Bien sûr, les progrès de la médecine sont indéniables, et ils sont souvent bénéfiques. Seulement, il me semble qu'il est nécessaire de ne pas laisser la peur nous guider, et de refuser de se
soumettre à un nouveau maître, fût-il auréolé de son savoir médical ...