Hors série ... Tout dire ?

Publié le 7 Octobre 2012

Je me doutais bien que cete question viendrait à se poser un jour... Seulement, j'imaginais que ce serait au moment de vous raconter la venue au monde de notre bébé.

 

Je ne vois aucun intérêt à raconter les détails techniques de mon accouchement, surtout "en public" - un public de gens que je connais pas, pour la plupart. Pour le reste, le coté émotionnel, c'est différent : Même si je crois que chaque couple et/ou chaque femme le vit à sa façon,et que donc ça n'apporte pas grand-chose au débat de savoir si une autre personne a plutôt eu peur / s'est sentie pousser des ailes / a trouvé en elle un courage qu'elle n'aurait pas cru avoir, je trouve sympa de lire des expériences variées, de se rappeler à quel point nous sommes tous uniques, et de savoir que, parfois, si nos réactions ne nous semblent pas ce qu'elles auraient dû être, ça ne fait pas de nous des gens "bizarres", juste des gens tout court ! Alors, ça, je le partage volontiers.

 

D'autant que cet état émotionnel peut être lié à un parcours de grossesse : j'espère, par exemple, que notre parcours me permettra d'être sereine et forte, et si c'est le cas, je crois que je serai assez heureuse de témoigner de la façon dont la construction de ce parcours a été un vrai "plus" pour nous. Si ce n'est pas le cas, je serai moins heureuse, mais ça peut  aussi avoir une utilité d'en parler,pour moi et surtout, ça peut avoir une utilité de le lire pour ceux et celles qui le souhaitent, je crois, car ça peut offrir des pistes... Des pistes "techniques", mais aussi des mains tendues : Oui, on peut dire "Non", avec calme, se faire respecter. Si nous on a pu, vous aussi vous en êtes capable(s) :p

 

Cependant, si, pour quelqu'un d'autre, les détails techniques de mon accouchement n'ont pas la moindre espèce d'importance, j'ai choisi d'écrire ce blog pour témoigner d'une grossesse et d'une venue au monde "autrement". Pour essayer de dire à qui veut l'entendre que le suivi "classique", qui semble la seule option à 90% des femmes, n'est pas le seul possible.

 

D'autant que dans ce suivi "classique", suivant le professionnel de santé sur lequel vous "tombez", il y a de nombreuses varations... J'ai des amies qui n'ont jamais eu d'examen gynéco pendant leur grossesse, et qui pensaient que c'était la pratique courante, et d'autres qui ont eu un examen gynéco ET une écho à chaque fois.

 

J'ai choisi d'écrire ce blog pour témoigner qu'il existe une large palette d'options, et pour "militer" pour que ce soit vous, les femmes (et les hommes aussi) qui attendez un enfant, qui fassiez vos choix parmi totues ces options, soutenus et aiguillés par des professionnels de santé compétentes, et surtout plein d'empathie.

 

J'ai choisi de dire la vérité, mais toute la vérité ? Est-ce-que ça a un intérêt pour vous de savoir combien de fois j'ai accepté un examen, ou refusé ? Je ne sais pas. D'un coté, oui, si je peux vous expliquer pourquoi, à ce moment-là, ça me semblait une option médicale sûre et pertinente.Voire proposer des alternatives.

 

Ou peut-être que quelque part, quelqu'un d'aussi sensible / cabossée que moi sera heureuse de savoir que, parfois, quand le respect, l'échange et la confiance sont de mise, on peut arriver à progresser...

 

Jeudi, après un long moment de discussion avec notre SF libérale, mon chéri et moi évoquions la différence entre son discours et celui de l'hôpital. La conversation a petit à petit dérivé vers les gynécologues... Pour en arriver à la conclusion que, si les femmes étaient trop souvent maltraitées par des gynécos pas très fins, c'est aussi parce que c'est un sujet dont on parle peu.

 

D'un coté, l'on hésite à parler de ça avec ses proches (ou alors j'ai que des proches aussi névrosées que moi ? :p ) , et on passe à coté d'infos précieuses. Exemple type : non, vous ne devez pas vous mettre à poil chez le gynéco si ça vous gène !  D'un autre coté, à partir du moment où vous êtes enceinte, on aurait le droit de vous priver de votre intimité, de votre intégrité physique, de votre droit de décider.

 

Drôle de paradoxe dont le noeud est le suivant, selon moi : pour un certain nombre de médecins, nos corps ne sont que de la mécanique... Après tout, ça ne vous gènerait sûrement pas qu'on vous voie vous faire recoudre le bras ou qu'on assiste à une radio de votre torse, alors pourquoi est-ce que ça vous gène qu'on examine votre sexe, votre utérus, votre col ?

 

Parfois, j'en viens à me demander si c'est moi qui manque de la capacité à accepter que certaines parties de mon corps puissent avoir plusieurs usages, du plus "primaire" au plus "sacré". Après tout, je me sers de ma bouche pour manger, pour vomir parfois, mais aussi pour embrasser mon amoureux et lui dire que je l'aime... (Je ne peux résiter à mettre en lien le super article d'Une baignoire et des ronds dans l'eau sur la polyvalence des seins.

 

Et si ça vient de moi, est ce que c'est dû aux bosses de la vie, à un vieux reste de culture judéo-chrétienne (une verge, ça va, une vulve, c'est sale !) ? Est-ce que c'est lié à ce que je pense être une partie de l'Histoire ? 

 

A savoir que, de mon point de vue, quand la médecine (et les médecins de l'époque qui se prenaient pour le nombril du monde) ont commencé à s'intéresser de près à la grossesse et à l'accouchement, ils l'ont fait, pour la plupart, contraints et forcés de s'ocupper de ces créatures, qui finalement ont une âme, c'te blague ! Donc, ils n'y ont pas mis le soin nécessaire, comme une façon de prouver qu'ils étaient au-dessus de ça, et de punir les femelles de les obliger à un tel abaissement. D'autant plus logiquement que ces êtres inférieurs sont capables d'un miracle auquel ils ne peuvent guère qu'assister, et qui, même aujourd'hui, garde sa aprt de mystère... Je crois que si les médecins du XXIe siècle sont bien loin de cette caricature, où je force volontairement le trait, il reste dans la médecine quelques traces, quelques mauvaises habitudes qui datent de ce temps...

 

Pour clôturer ce billet décousu, je pense qu'il n'y a aucune vérité. Il existe des médecins géniaux et d'autres qui sont des abrutis finis, des femmes très à l'aise avec leur mécanique, d'autres plus pudiques, et d'une façon générale autant de relations médecins-patients que d'histoires singulières. Mais j'avoue avoir du mal à croire que je suis la seule de mon espèce... Et pour toutes mes compagnes de je-me-douche-la-porte-fermée-à-clé-même-s'il-n'y-a-que-lui-et-moi-à-la-maison, je crois que tout dire (dans la mesure où ça n'outrepasse pas ma pudeur, sinon je me fais subir moi-même ce que je refuse à d'autres) , ça vaut la peine...

 

Rédigé par Apostille

Publié dans #Questions et réfléxions d'ordre général ...

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Lila 14/10/2012 11:54


Je me suis posée des questions similaires. Surtout que contrairement à toi, mon blog n'est pas consacré uniquement à la maternité. Et que des détails sur un accouchement entre deux analyses de
romans... 


D'ailleurs, j'avais commencé à rédiger un récit de mon accouchement beaucoup plus détaillé que je n'ai finalement pas publié, pas par problème d'intimité, ça ne me dérangeait pas personnellement,
mais parce que je trouvais que ça n'avait pas sa place sur mon blog.


En revanche, j'ai parlé plutôt en détail de la maternité parce que je me suis souvenue des questions que je me posais au moment de choisir ma maternité et je me suis dit que cela pourrait être
utile à quelqu'un d'autre. 


 


Et je tiens à dire que ton (tes) blog(s) m'ont étés très utiles. Que je n'aurai pas envisagé ma grossesse et mon accouchement de la même manière sans avoir lu tout ça. Pourtant je ne suis pas
spécialement "sensible / cabossée" sur ce sujet (je le suis par contre sur beaucoup d'autres !) et le suivi classique m'aurait convenu, mais là, ça m'a permi d'avoir quelque chose "en plus" et de
d'avantage en profiter. 

Apostille 16/10/2012 12:30



C'est pour répondre en partie à ces problèmes de récits intimes entre la poire et le fromage que j'ai créé ce blog... ;)


En tout cas, je suis très très heureuse de savoir que ça a servi à quelqu'un, tout ça... Vraiment, ça me touche !