La venue au monde de Miss A. (3)

Publié le 6 Janvier 2013

Vendredi 7 Décembre...

 

Minuit

 

Je me réveille presque en sursaut. Il FAUT que je pousse !

 

Catherine arrive un quart d'heure après, un peu embétée, elle n'a pas tout à fait fini à coté, et quatre accouchements ont lieu à la fois, c'est de la folie. Tellement que quand ma perf' de péridurale est vide, mon chéri panique à l'idée qu'on ne vienne pas m'en remettre une autre. Et ça sera limite...

 

0h30

 

Catherine est là.

 

Un rapide examen (cette fois, je ne remettrai plus ma culotte !) confirme que le col s'est enfin effacé...

 

J'essaie plusieurs positions, mais paradoxalement, celle où je me sens le mieux, c'est une position quasi gynécologique,  (dite "aménagée" de Gasquet). Me mettre "à quatre pattes" ne me parle pas, et je ressens les contractions dans les reins, ce qui rend la position sur le coté inconfortable.

 

Entre deux contractions, je pense à demander à Catherine la pratique de l'hôpital concernant la délivrance dirigée. Elle me confirme qu'en général, c'est ce qui se fait. Ce qui m'importe personnellement, c'est qu'elle laisse battre le cordon avant le clampage... Sinon, je devrais refuser la délivrance dirigée. Je sais que c'est plus risqué pour moi, mais je préfère ça, c'est mieux pour mon bébé... Elle me promet de laisser le cordon battre aussi longtemps que nécessaire, alors j'accepte le principe de la DD.

 

J'essaie la poussée en expiration apprise en cours d'hapto un long moment, mais elle n'est pas efficace... Et puis, même si je crois fermement à son intérêt, "je ne le sens pas". J'ai concience que la poussée bloquée risque d'avoir des conséquences peu souhaitables sur mon périnée et mes organes, mais sur le moment, tout ce que je sais, c'est qu'il faut que le bébé sorte. C'est viscéral. De plus, j'ai l'impression qu'il est coincé dans un endroit très précis de mon bassin, ça fait un mal de chien... J'ai besoin que ça cesse.

 

Entre deux contractions, j'essaye de "dire" au bébé que la douleur n'est pas de sa faute, que je l'aime et que nous avons hâte de le rencontrer. Je me concentre pour l'aider à trouver la voie, à "se décoincer" (je ne sais pas si ça correspond à une vérité médicale, mais je le ressentais vraiment très fort, ce blocage) , pour "être dans ma base", pour essayer de remplir mon bassin de douceur et de sérénité (oui, je sais, ça doit paraître ésotérique, mais ça me parassait tellement naturel... Je le referai sans hésiter !)

 

Par contre, au moment de la contraction, mon cerveau (ou je ne sais quoi d'autre) passe en mode " il faut qu'il sorte !!! ". Au risque de passer pour une mère indigne, je ne pense plus qu'à ça. Pas à l'acceuillir, pas à le voir... Non, il faut que cet enfant sorte. Dans ma tête, je lui répéte "allez, mon amour" (début de contraction, j'ai encore pas trop mal) , "ça assez duré, je suis fatiguée" (milieu, aïe) ," il faut que tu sooortes !!! Mais sooooooors ! (fin de la contracion, je douille) .

 

Alors quand la sage-femme me demande d'essayer la poussée bloquée, je laisse tomber mon angoisse concernant une éventuelle déchirure, et je pousse de toutes mes forces. C'est dur, le bébé avance, puis recule... Entre les contractions, je me sens zen, j'arrive à renouer avec les cours d'hapto, à demander à mon chéri de placer ses mains ici ou là. Je me sens comme à l'orée de quelque chose...

 

Mais quand ça revient, oh putain. Ce n'est pas tellement la douleur, c'est la fatigue, le ras-le bol. Je ne suis pas très à l'aise d'écrire ça d'ailleurs ! (Mais je le fais car je suis sûre de ne pas être la seule à avoir ressenti ça, et je crois qu'il ne faut pas culpabiliser!)  Je n'en avais pas marre de cet enfant, mais oui, j'en avais marre qu'il ne veuille pas sortir. Je n'étais pas fâchée après lui,mais frustrée de ne pas savoir quoi faire pour l'aider à se décider à enfin franchir le cap... Comme si je n'arrivais pas à lui donner envie de découvrir le monde, comme si quelque part, mon propre stress l'empèchait d'avoir confiance et de laisser les choses suivre leurs cours...

 

Je râle, je dis que je suis crevée, la sage-femme me dit qu'elle ira chercher le médecin pour m'aider si ça ne vient pas "bientôt". Moi qui déteste les gynécos et qui n'aime pas trop ce type, j'ai pourtant super envie de le voir, même si ça rime avec des cuillères, j'en peux plus ! Et à chaque contraction, la sage-femme me dit "allez, la prochaine c'est la bonne, sinon on ira le chercher"...

 

Petite anecdote rigolote, quand elle me dit que le bébé recule un peu moins à chaque fois, qu'on y est presque, qu'elle voit ses cheveux, je ressens le besoin de toucher sa tête. Moi qui ai toujours trouvé ça un peu dégueu, j'ai besoin de sentir qu'il est là...

 

2h

 

Quelques contractions après, je sens que le bébé sort. Je n'ai pas mal, en fait... Je suis soulagée, heureuse, exténuée.

 

J'entends la sage-femme qui dit à l'aide soignante, qui patientait discrètement dans un coin pour savoir si elle pouvait aider et qui attrape le bébé pour le mettre sur moi "Surtout, dis rien !"

 

Je demande à mon chéri : "Alors, alors ?"

" Je sais pas j'y vois rien..."

" Allez, dis moi !!!"

" Ca y est, je vois, c'est une fille !"

 

Ma fille est posée sur moi. Elle ne pleure pas, elle a les yeux ouverts... Elle est superbe...

Son père et moi nous émerveillons, avant de choisir son prénom parmi les trois qu'on a dans notre valise...

 

Rédigé par Apostille

Publié dans #Welcome to the real life !

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

charlinette 06/01/2013 21:53


merci de ton témoignage...


moi je voudrais te dire que de la force tu en as eu, du courage, j'en sais rien parce que pour moi accoucher n'est pas "courageux", c'est une continuité... tu vois ce que je veux dire?


de la force, ça oui! faire respecter ses besoins d'intimité, et ses besoins tout courts c'est waouhhh à la maternité, face à un personnel plus ou moins conciliant (encore que a priori tu as eu de
belles rencontres ;-) ) et face à tant d'heures de travail! tu sais, après mon 1er accouchement, je disais aux copines qui en gros me félicitaient d'avoir accouché sans péridurale (parce que
"elles elles n'auraient pas pu") que je ne savais pas si j'aurai réussi/tenu en maternité...! ben oui, à la maison, pas le choix! le choix tu l'as fait AVANT ma cocotte alors à moins d'un
transfert ben c'est rapé! et le transfert j'en voulais pas, trop besoin de mon chez moi pour me sentir bien, en sécurité. Et puis en maternité, tu as quand même du monde qui passe, des lumières,
des machines etc... pour moi ça aurait rajouté à la douleur ressentie j'en suis sure! et puis moi j'avais BESOIN d'aller à la fin de cet accouchement sans intervention chimique, besoin de me
prouver quelque chose et de passer par CE chemin là!


et comme tu dis, tu as tenu sur ce qui te semblait le plus vital (dit avec mes mots à moi!) : ton intimité, son respect. Alors chapeau bas m'dame! (ceci dit tu es restée dans une bonne dose
de controle, ce qui est peut etre précisément ce qui t'as fait défaut pour un déroulement plus rapide-- tu sais ma fameuse idée capillo-tractée ;-) )


et je voulais aussi rebondir sur ce "j'en avais marre, je voulais que le bébé sorte, même avec le médecin".... ben je comprends tout à fait! pour mon 1er accouchement, j'en avais MARRE et j'ai
dit à mon bébé (encore in utéro) : "mais PUTAIN, tu vas sortir oui???". Et bien sur que non je ne lui en voulais pas, bien sur que non  je n'étais pas en colère contre lui... juste j'étais
fatiguée, je voulais le rencontrer et me REPOSER, c'est tout! mais en fin d'accouchement, cet état est fréquent hein et il s'exprime différemment selon les femmes! et moi aussi pour l'expulsion
(quel mot hideux!) j'étais en position quasi gynécologique, par choix et je n'avais plus peur du tout de son passage, quitte à déchirer, oui, je voulais qu'il sorte!


encore merci de ton témoignage ;-)

Apostille 09/01/2013 14:14



Je le savais, que j'étais pas seule ... Merci Charlinette !


Quant au reste, comme tu dis, on ne peut pas savoir... Et à un mois de l'évènement, moi je me dis "ce qui est fait est fait..."



Lila 06/01/2013 21:00


"Entre deux contractions, j'essaye de "dire" au bébé que la douleur n'est pas de sa faute,
que je l'aime et que nous avons hâte de le rencontrer. Je me concentre pour l'aider à trouver la voie, à "se décoincer" (je ne sais pas si ça correspond à une vérité médicale, mais je le
ressentais vraiment très fort, ce blocage) , pour "être dans ma base", pour essayer de remplir mon bassin de douceur et de sérénité (oui, je sais, ça doit paraître ésotérique, mais ça me
parassait tellement naturel... Je le referai sans hésiter !)"


Je suis une personne très rationnelle, mais je me retrouve dans tes mots. Le fait de "visualiser
le chemin" pour lui, d'essayer de l'entourer de douceur, de l'encourager... Je ne sais pas si ça l'a aidé lui, mais en tout cas je suis certaine que ça m'a aidé moi !


 


Et j'aime beaucoup l'idée de se laisser un choix de prénom et de choisir celui qui va à un enfant
quand on le rencontre. Même si pour moi qui ai utilisé son prénom dès le premier mois de la grossesse, c'est un peu mystérieux !

Apostille 09/01/2013 14:13



Je te rassure, on n'est jamais pleinement satisfait de ce qu'on ne connaît pas, moi j'ai eu du mal, à la fin, à accepter de ne pas connaître son sexe. Quelque part, je trouvais que ça m'empèchait
de "visualiser" ce bébé, de lui parler... C'est con, car son sexe ne change rien ...



Floh 06/01/2013 13:56


Houlala, j'en ai des frissons! Parce que cette phase finale, je l'ai vécue comme toi, alors que mon travail a été bien moins long. Mais tu sais, tu es vraiment incroyable et je t'admire!!! Tu as
été mille fois plus consciente et présente à ta fille malgré tout ce cadre médical et les "concessions" que tu as dû faire, que moi qui étais en domicile et sans péri. Que je t'admire!!! Ma plus
grande difficulté à moi a été de conscientiser que ma fille arrivait, et d'arriver à lui parler, comme toi tu l'as fait si spontanément...
Je ne peux vraiment, sincèrement et profondément que te féliciter de tout ce que tu as vécu! D'avoir si bien réussi à faire respecter votre projet, et ce qui te tenait à coeur. D'avoir fait ces
concessions de façon tout à fait consciente et réfléchie.
Bravo, vraiment....et tu vois, ma fille à moi a hurlé dès qu'elle a été posée sur mon ventre, elle avait du mal à ouvrir les yeux ;)


Je vous embrasse bien fort tous les 3, profitez à fond :) 

Apostille 09/01/2013 13:17



"Mille fois plus consciente", holààààà, comme si c'était une compét, t'es folle ? :p


En tout cas, effectivement, malgré la douleur et les épisodes que je regrette, je suis contente d'avoir pu "parler" à mon bébé comme je l'ai fait. Savoir ce qu'elle en aura retenu, c'est une
autre histoire ! :)