Alors, comment ça s'est passé ?
Publié le 10 Février 2012
En réponse au commentaire de Marie, et parce que, quitte à raconter mon parcours de la combattante*, autant essayer de ne pas zapper d'évènements. (ATTENTION : compte rendu détaillé. Il n'y a pas eu d'examen, mais cette note va quand même aborder les sujets en appelant un chat un chat !)
Alors, comment ça s'est passé ...
Pas trop mal.
Pour être honnète, je devrais dire "bien". En effet, on a beucoup rigolé (le pauvre Georges Clooney a du avoir les oreilles qui sifflaient "Pour quelques dollars de plus", au moins.)
Après le questionnaire de routine, qui ne me pose pas plus de problème que ça, elle se lève, elle étend le bras vers l'autre coté de la pièce, séparé par un rideau, elle me dit "Bon, on passe à l'examen ? ". Faut préciser qu'elle parle très vite, plus encore que moi, et que donc, j'avais pas réussi à en placer une à ce sujet. Ceux qui me connaissent savent que c'est un exploit.
- Euh, non. Je crois pas. ( Là, vous en déduisez que j'avais pas préparé ma réponse. C'est jamais facile de préparer ce genre de choses, on ne sait pas bien comment la situation va se présenter... )
- C'est à dire ? (Les intonations sont difficiles à retranscrire, mais je dirais qu'elle a été surprise, mais sans plus. Pas choquée, pas vexée, car ni ses gestes, ni son regard, rien n'a semblé changer. Elle a continué à sourire, à parler de façon assez peu docte, et elle est revenue s'asseoir)
- C'est à dire que c'est le second objet de ma visite (le premier étant un renouvellement de ma contraception) : d'ici quelques années, mon mari et moi on a un projet de grossesse, et je cherche le bon médecin, celui - ou celle - qui m'imposera pas d'examens systématiques, sans m'écouter, parce que ça, c'est juste pas possible.
- Ah, je me souviens, c'est vous qui aviez appelé ... (Dans ma tête : Ah ben elle lui en a quand même parlé ! Bieeen ! )
- Oui, c'est moi.
- Bon, alors,on va sûrement pas se jeter sur vous aujourd'hui ! Pas de problème !
- (...) ( Dans ma tête : Bon, elle le prend bien. )
- Ca serait quand même bien qu'on le fasse, parce que ça apporte plein de renseignements utiles, vous savez.
- Oui, je sais ce que vous allez me dire, mais là, je ne veux pas.
- Je peux vous demander pourquoi ?
- C'est phobique, je vois un psy, ça avance un peu. J'ai déjà pas mal progressé, la preuve, c'est que je suis là, mais c'est pas encore ça.
- Vous inquiétez pas, tout va bien se passer. Vous savez, on est là pour vous aider, pas vous agresser... Et vous aider, c'est pas que l'examen clinique, c'est faire en sorte que vous alliez bien, dans votre tête, dans votre couple, que ça se passe bien avec le bébé... ( Dans ma tête : Eh là, t'emballe pas, une chose à la fois ! ) En plus, les patientes qui ont entamé une démarche, comme vous, en général, elles accouchent comme des fleurs ! ( Mot pour mot ... ) Pour le reste, je vous propose de vous revoir dans trois mois, on verra comment vous vous sentez. Vous continuez à voir votre psy ?
- Oui, mais je suis pas sûre que d'ici à notre prochaine entrevue, ça aie avancé !
(En fait, c'est pas vrai, j'avais arrêté, pensant que j'en avais plus besoin jusqu'à ce qu'on se décide pour de bon. Et, ce qui est inhabituel, il en m'avait pas redonné de RV à la fin de la dernière séance, ni dit "A dans 3 semaines". Mais si c'est utile, c'est pas un souci. Donc je vais sûrement reprendre les séances, ou, au moins, le rappeler. )
- On verra bien !
- En plus, je vois pas à quoi ça sert, puisque je l'ai fait il n'y a pas longtemps.
- Combien de temps ?
- Ben, septembre, à peu près.
- Ok, pardon, j'ai mal compris, je croyais que ça remontait à avant votre implant. Du coup, je me disais, faudrait quand même jeter un oeil sur les papillomavirus, histoire d'être tranquilles...
- Ben j'ai fait un frottis en septembre, et, du coup, le reste dans la foulée.
- Ah ben ça va alors ! On se revoit bientôt, vous m'amenez les résulats, et on en reparle, ok ? Vous comprenez, ça serait bien qu'on sache comment est votre col.
- Je sais pas... Si ça a une vraie utilité, faut qu'on discute, mais je veux pouvoir réfléchir. Par exemple, je dis peut-être une grosse connerie, mais si je viens vous voir pendant la grossesse, mettons au deuxième mois, que j'ai aucun signe alarmant, que je pète la forme, c'est possible que ça serve à rien, non ?
- Effectivement, parfois, ça ne sert à rien. D'ailleurs en Angleterre entre autres, il y a des équipes qui n'en font plus du tout ( Dans ma tête : ALLELUIA ! ). A ce moment-là, je vais vous adresser à quelqu'un de super, à l'hôpital. Vous n'avez rien contre le fait d'accoucher là-bas ?
- Non, pas du tout.
- Parce que je ne suis plus les grossesses ( Dans ma tête : Ah merde ! ). Alors comme ça, vous pourriez faire le suivi et l'accouchement avec la même équipe !
- Pas de souci, on m'a d'ailleurs parlé d'une SF géniale, Mme B.
- C'est vrai qu'elle est super, si vous voulez qu'elle vous fasse la préparation -le suivi, je crois qu'elle le fait pas-, c'est pas du tout un problème. Et puis toute l'équipe aussi... Vous allez voir, ça fait 20 ans que je travaille là-bas, et il y a qu'un seul mot pour les résumer : ils sont HU-MAINS.
- Ok, ben on en reparlera d'ici là.
- D'accord. Bon, je vous mets six mois de contraception, parce que si vous avez besoin d'un peu plus de temps que prévu pour réfléchir, vous serez tranquille. Mais on se dit qu'on se revoit dans trois mois !
- Mouais ....
- Mais si, mais si. Ca n'engage à rien !
- Alors d'accord.
- Super, vous avez des questions ?
- Oui, vous avez, euh (Dans ma tête : des spéculums de vierge) du matériel spécial ?
- Oui, bien sûr ! Pour que ça soit le moins difficile possible, on prendra un spéculum de vierge ( Dans ma tête : Ouf, elle comprend de quoi je parle ! ). Et on mettra du lubrifiant, bien sûr ! Et si vous voulez, vous pouvez amener de la musique ! Vous inquiétez pas, je ferai hypyer doucement, je vous ferai pas mal. Faites-moi plaisir, essayez de laisser décanter tout ça sans trop y penser, d'accord !
- Et moi, faites-moi plaisir, je veux Georges Clooney dans la salle d'attente.
- Ah, ça va être difficile. Et j'ai même pas de Nespresso. Mais je peux vous faire un café ! Ou mettre un poster !
- J'aimerais autant éviter, si je dis oui pour l'examen, de le faire sous l'oeil de Georges...
- C'est vous qui voyez !
(TOUT, absolument TOUT, est véridique !)
Rendez-vous est donc pris pour le 14 mai...
Debriefing demain.
*( Pour le moment, c'est surtout le mien, vu que c'est moi qui dois trouver le soignant qui me conviendra. Mon chéri me soutient, me rassure, me fait du thé et des câlins, me propose parfois de m'accompagner chez tel ou tel médecin, mais dans l'ensemble, c'est quand même moi qui suis au front. Dans un sens, ce n'est pas plus mal, parce que j'apprends à me débrouiller, à tenir bon face à un(e) interlocuteur/trice qui est en général plus agé(e), plus expérimenté(e), et qui possède un savoir médical que je n'ai pas. Sans compter que pour lui/elle, je ne suis qu'une patiente parmi tant d'autres, et qu'il est facile de m'envoyer sur les roses et de ne plus y penser. Ce que moi, je peux difficilement faire! Et que la plupart des médecins refusent d'un revers de manche de reconsidérer leur pratique, utilisant pour ne pas avoir à se remettre en question des "feintes" classiques - et particumièrement inacceptables à mon aivs : "ah mais non, vous n'y pensez pas ! " "mais enfin, c'est ridicule, on a toujours fait comme ça " "allez, ne faites pas l'enfant"... )