Etoiles de mères
Publié le 9 Mars 2013
Ma mère lit ce blog, je le sais. Elle ne commente pas, ne m'en parle pas non plus en général. M'est avis qu'elle n'en pense pas moins, mais elle n'en parle pas.
Je suis (plus ou moins ^^) une adulte, bien intégrée dans le monde, j'ai des amis, une famille, des passions et des centres d'intérêt, et même la chance (parce qu'il en faut aussi) d'avoir un job que j'aime et qui paie les factures, parce que j'ai fait des études correctes et que j'aimais. Je ne sais pas combien de fois ma propre mère s'est demandé si elle était une bonne mère. Je ne sais pas combien de fois j'ai du lui reprocher de ne pas l'être, car c'est fatalement arrivé. Mais elle a fait le job. Alors, comme dirait Winnicott (si je ne me trompe pas), elle a été suffisamment bonne. Suffisamment bonne. Pas parfaite. Dieu merci ! :)
Pourtant, elle a voulu l'être, je crois. Comme tout parent, je crois aussi ! Même si on sait tous que ça n'est pas possible. Je sais qu'elle a beaucoup intellectualisé certaines choses. Par exemple, qu'elle a fait de son mieux pour nous rassurer dans nos berceaux sans nous prendre aux bras, sûre et certaine que les hormones sécrétées par le toucher n'allaient pas nous aider à dormir. Je n'ai pas souvenir d'avoir eu de problèmes de sommeil, et je sais qu'il m'est arrivé de réclamer à dormir avec insistance, alors que je n'avais que quelques années. Comme quoi, elle a, encore une fois, fait le job. Est-ce-qu'elle a douté ? Est-ce-qu'elle était tellement sûre de bien faire que, du coup, elle a bien fait, car on a été rassurés par sa propre assurance ?
Moi, je n'y arrive pas.
Les questions vont et viennent.
Je me débats encore et encore avec mon minuscule souci, celui que ma fille n'arrive à s'apaiser après une période d'éveil et avant une petite sieste qu'en tétant (mon doigt ou mon sein, mais honnètement, le doigt, ça marche pas si souvent) ou en étant dans l'écharpe.
Pourtant, j'ai la chance infinie d'avoir une mouflette qui fait presque toujours ses trois siestes quotidiennes, et dort correctement la nuit : en ce moment, 19h30 ->1h30, puis une autre tétée à 5h30 et un réveil vers 7h. La fin de nuit est rude pour moi, mais quand je vois comment elle a déjà espacé ses tétées, je me dis qu'il reste peu de boulot avant que la tétée de 5h30 tire sa révérence. (J'espère que je ne vais pas regretter d'avoir écrit ça... Normalement, quand j'écris un truc cool, ça se termine dans la foulée ! :P)
Et avec tout ce bon repos, ma petite A. est quasiment toujours en forme. Elle apprend des tas de choses (récemment, elle a découvert ses mains), sourit à tout le monde, babille, accepte sans problème les bras inconnus, dort sereinement y compris dans le bruit. Et à part le soir quand je dois la faire patienter pour le coucher, car son père rentre un peu plus tard que son heure de fatigue, c'est tout le contraire d'un bébé à bras. A tel point que j'envisage l'achat d'une poussette avant ses six mois, car je crois que le portage quotidien que je lui propose* ne sera pas forcément son truc. Mais bon, je vais apprendre à la mettre au dos avant, on verra si elle aime !
( * Je ne mets pas impose car si elle manifeste son envie d'en sortir, je ne l'oblige pas à rester... Enfin, pas plus que le temps nécessaire pour rejoindre un café ou la maison ! En même temps, c'est l'occasion d'aller ballader dans le vrai monde, de voir des adultes, de faire les magasins... Donc, quelque part, je le lui impose. C'est ma façon à moi de la faire vivre dans mon monde, d'être là pour elle mais pas centrée sur elle. Même si je vise toujours le même créneau horaire, parce que je suis sûre que ça l'aide à se repérer dans ses journées. )
Je me souviens de mes expériences pour la faire dormir sans sein. Parfois, elle a longtemps pleuré dans mes bras, et moi avec, souvent. Evidemment, pas de quoi se sentir rassurée. Elle dormait une heure maxi, le moindre bruit la faisait sursauter. Elle était bougonne, pas assez reposée, irritable. Et ça me faisait de la peine.
Ce matin, sa traditionnelle grosse sieste a été perturbée par... Vous le savez, vous ? Non, parce que moi, je ne sais pas ! Du coup, elle était crevée. Mais elle n'était pas assez reposée pour dormir... (Ca parait curieux mais je vous garantis que la mienne elle marche comme ça ! ) Donc, on a joué calmement, puis j'ai vaqué pendant qu'elle me regardait faire. Et puis, comme elle était naze, je l'ai eu un peu aux bras aussi, le temps de faire un peu de linge. Au bout d'un moment, elle a demandé à têter. Ca tombait bien en plus c'était à peu près l'heure habituelle ! Peut-être que j'aurais pu lui proposer le tétou plus tôt au lieu de l'avoir aux bras, mais bon, on ne se refait pas, j'essaie de lui faire garder le même rythme !
Quelques minutes plus tard et malgré l'éternelle pause rot / Gavisc*n (voyons le coté positif, ma fille ne peut simplement pas s'endormir au sein... Bien malgré nous ! ) , elle s'assoupissait dans son transat, peinarde, tout à fait consciente de ne pas être au bras. Et de se trouver bien.
Résultat, je l'ai entendue babiller au bout d'un cycle de sommeil... Et se rendormir aussi sec !
Quand je la vois comme ça, je me dis que même si elle a besoin de mon sein pour s'apaiser jusqu'à son entrée en crèche, elle y puisera la ressource de faire autrement, le jour où... De toute façon, un jour, elle devra s'adapter. Et je me dis qu'elle s'adaptera mieux à 9-10 mois, en comprenant qu'à la crèche, il n'y a pas de possibilité de téter Maman, que là, à trois mois, quand elle sent le lait que je lui refuse... Ou alors, elle décidera d'elle-même que le tétou, ça suffit ! :P
Quelque part au fond de moi, ça me laisse pourtant un sentiment doux-amer. Parce que j'ai tellement entendu que les enfants "ne devaient pas prendre de mauvaises habitudes..." Ca ne vient pas (forcément) de ma mère, mais je sais que quelque part, elle y adhère. Raisonnablement, ça va sans dire, jamais elle ne laisserait un bébé pleurer seul dans le noir !
Une partie de moi y souscrit encore. Une partie de moi qui me dit que si ma mère, si intellectuelle dans sa façon d'aimer, a fait du bon boulot, je peux le faire aussi, et de la même façon. Malgré tout, je crois qu'elle a un peu oublié comment nous étions tout, tout bébés, et mes demandes d'un autre point de vue que le nôtre se heurtent souvent à un "je sais plus", "c'est pas arrivé..." Ou alors, nous étions tout à fait exceptionnels ! :D
Une autre partie de moi est tournée vers ma fille... Parce que je suis la première à allaiter dans la famille depuis longtemps, ( à part ma belle-soeur à qui je souhaite, si elle en a envie, un allaitement génial pour petit deuz', le premier ayant été très très dur, et ma cousine qui a été l'objet de bien des reproches) et que du coup, je suis un peu en manque de repères. L'allaitement à la demande, ma brave dame, et son lot de questions !
Parce que pour le moment, la communication est limitée. Parce que je pense qu'elle est encore trop petite pour beaucoup de choses. Parce que je veux l'aider à être indépendante, mais pas en la mettant devant le fait accompli. Pas comme ce père (je sais plus où j'ai lu ça mais ça m'a fait réfléchir) qui a poussé son fils d'un petit rocher pour lui montrer qu'il pouvait sauter, alors que le gamin avait peur.
Je me demande si les choses auraient été différentes avec un garçon. Je crois que j'aurais probablement eu plus confiance en sa capacité de vouloir être indépendant. Comme quoi, on est tous un peu sexistes !
Bref, je diverge.
Et ma môme dort.