Ce que nous sommes est le cadeau que la Vie nous a fait. Ce que nous devenons est le cadeau que nous faisons à la Vie.
Publié le 4 Avril 2012
(Citation de Michel Saint Jean)
Dans ma dernière note, j'ai laissé plus ou moins volontairement en suspens le propos suivant : Quand une femme "fait" un enfant avec une autre personne, peut on dire qu'elle lui "fait un cadeau" ?
D'une certaine façon, il me semble que la réponse ne peut pas être oui. Parce qu'un enfant est avant tout une petite personne, et une personne en devenir, et qu'il me semble qu'on ne peut "offrir" cette personne qu'à son destin, et à elle-même. De ce fait, je suis personnellement assez décontentancée quand j'entends un parent ou un futur parent dire un truc du genre "Moi je ne voulais pas, mais ça fait plaisir à ... (cela peut être le/la chérie, ou tout autre mebre de la famille .... ) " Evidemment, parfois, le parent en question est finalement heureux de son choix, il s'est juste un peu "pressé" dans son désir , et tout est bien qui finit bien. Mais ça n'est pas toujorus le cas, et je connais personnellement des gens pas forcément heureux de ce choix. C'est pour cette raison que ce type de propos me gène, car cela ne s'arrange pas nécessairement, et que je trouve ça triste pour l'enfant.
Donc, non, un enfant, ce n'est pas un cadeau.
En même temps, il me semble que toutes les femmes n'ont pas forcément envie de vivre une grossesse et un accouchement. Et même parmi celles qui en ont envie, il me semble qu'il y a encore un monde entre l'envie et la réalisation. Parce qu'une grossesse est rarement une parfaite promenade de santé, que clotûre la mise au monde d'un petit être tout beau, tout sage, en pleine forme. Accepter de vivre une grossesse, c'est prendre le "risque" d'affronter les nausées, la fatigue, les kilos, les douze mille effets secondaires possibles que je ne connais même pas, d'avoir peur, d'avoir mal. Et cela ne va pas de soi... Car aujourd'hui, il est tout à fait possible, via l'adoption, d'élever un enfant sans l'avoir "fait".
Dans le cas d'une femme qui a vraiment le désir très fort de connaître la grossesse, il me semble que les choses sont un peu différentes. Elle saura ou non patienter pour que l'autre (futur) parent soit prêt, elle sera peut-être pafois plus consciente de ce que cela implique, et sera parfois même prête après l'autre personne...
Mais celle qui n'accorde pas d'importance à cette expérience ? Je ne dis pas que l'on peut vivre une grossesse sans être ne serait-ce qu'un peu chamboulée (parole de nullipare, je n'ai pas la moindre idée de à quel point on peut se retrouver à la fois la même , à la fois différente !) , je dis que l'on peut, délibérément, décider d'avoir envie de vivre ça, mais de ne pas le faire, parce qu'on trouve que les "risques" sont trop importants, ou préférer être mère sans en passer par là, simplement. Dans ce cas, sera-t-on une mauvaise mère parce ce que l'on aura préféré apporter son amour à un enfant qui a grandi dans un autre corps ? J'en doute .
Mais pour celle qui doute, qui appréhende de tout ce qui peut se produire (car, généralement, une grossesse démarrée volontairement n'est pas interrompue), oser par amour, n'est ce pas, quelque part, un cadeau fait à soi-même, et surtout à son couple ?
Et pour celle qui sait qu'elle va être fatiguée, qu'elle va prendre du poids, qu'elle va avoir des moments de déprime ? Celle qui sait que sa carrière va surement en prendre un coup, que pendant neuf mois elle sera presque la seule à subir les "conséquences" d'un projet construit à deux ?
La nature nous a conçus différents, et nos amoureux (ou amoureuses) ne peuvent guère nous aider pendant cette parenthèse. Et malheureusement, au lieu de reconnaître toute leur place après la naissance, elle les éloigne encore (via des congés trop courts) des trois premiers mois de leur enfant. Et, injustice des injustices, non seulement l'un des deux parents ne peut guère se consacrer à son petit le temps qu'il voudrait, mais en plus, la femme qui a porté l'enfant et a pris soin de lui les premiers mois n'est non seulement pas reconnue à ce titre, mais elle est même, dans le cadre professionnel, pénalisée.
J'espère qu'un jour les congés parentaux seront égaux (bien que peut-être différents dans leur périodicité et leurs modalités), et que cela permettra à tous les parents d'occuper la place dans laquelle il se sentent bien, de la façon dont ils se sentent bien. De même, j'espère que les réflexions du genre "Maintenant qu'elle a un môme, fini les réunions à 17h30" , "On peut pas lui confier le dossier Bidule, elle va pas se concentrer là-dessus maintenant" et même "Whaou, quel super papa, il a pris un jour pour s'occuper de la grippe de son enfant" vont se tarir.
En attendant, pour le moment, avoir un enfant, et malgré le fait que l'état nous y pousse*, c'est surtout, du moins pendant la première année après la conception (9 mois + 3 mois) essentiellement des désagréments pour les femmes.
Pour ma part, je ne ressens aucun besoin de vivre une grossesse, et la société où je bosse est assez motivée pour que la lutte contre les discriminations ne soit pas un vain mot. Pourtant, je sais que j'aurais bien plus à prouver qu'un homme une fois que nous aurons (hypothétiquement) un enfant.
Alors, même si je n'attends rien de spécial en échange (du moins rien de matériel ou de financier) , oui, quelque part, je considère que je "ferai un cadeau" à mon couple. D'autant que, pendant neuf mois (et sûrement un peu plus), mon corps n'appartiendra pas qu'à moi... Et j'ose espérer que quand je serai particulièrement crevée, ou quand j'aurai une réunion importante en même temps que mon chéri, il saura se rappeler que j'ai fait "au service de notre projet commun" .
Pour terminer parce que ça commence à faire long, il n'est pas question de réclamer l'égalité stricte des tâches (un ménage contre un ménage, un repas contre un repas) de façon agressive, mais de dire à l'autre : Ecoute, je me suis donnée du mal, et là j'ai envie/besoin de repos, cela me ferait plaisir que tu en tiennes compte, et que je puisse te passer le relais. Pas question non plus je pense de considérer l'enfant comme un cadeau. Mais il me semble injuste de considérer que, quand une femme porte un enfant, elle le fait "parce qu'elle le veut bien", et que donc, "elle n'a pas à se plaindre des conséquences".
C'est particulièrement important à mes yeux, car je crois que nos chéri(e)s doivent se sentir partie prenante de la grossesse et de la venue au monde, respectés, écoutés, et savoir qu'ils ont notre confiance, même s'ils ne pensent ou font pas comme nous. Et d'autant plus dans l'éducation d'un enfant... (Il faudra que je fasse une autre note là-dessus je crois ! )
* Notamment via les allocations familiales et le bonus pour la retraite- qui peut , ENFIN , être partagé ... Il aurait mieux valu qu'il y aie plus à partager, parce que là, pour donner un trimestre au père, il faudra en enlever un à la mère. Malgré le fait que sa carrière stagnera probablement bien plus que si elle n'avait pas eu d'enfants. Déjà que les femmes sont plus souvent précaires,et statistiquement moins payées de 20% ... C'est dommage, ça allait dans le bon sens !