La gynéco qui commence mal !
Publié le 2 Octobre 2011
La semaine dernière, je suis donc allé me faire enlever mon implant. La consultation s'est moyennement bien déroulée, en tout cas j'en suis sortie en pleurs (parce que j'avais passé une très mauvaise semaine, et aussi probablement idéalisé ce rendez-vous. Vu que c'est SuperDoc qui m'a envoyée chez elle, que la date était symboliquement chouette et que mon entreprise a participé à la construction d'une partie des locaux, je pensais que c'était "un signe" que ça allait passer comme sur des roulettes ...). Mais après coup, il m'aparaît que c'était pas si nul que ça - même si en mon for intérieur, j'en suis sortie en la traitant de connasse.
J'ai donc décidé - soutenue par mon cher et tendre - de rédiger une lettre à l'attention de ce médecin.
Pour mettre les choses dans leur contexte, mon cher et tendre et moi envisageons d'avoir un bébé. Pas demain, pas dans cinq ans non plus ... Il s'est avéré que vu le rythme de mes consutations (une tous les trois ans avant que je ne commence à aller un peu mieux*, une tous les 18 mois en projet) , il nous semblait opportun de "tester" ce médecin pour savoir si nous pourrions** ou pas en faire notre interlocutrice priviliégiée pour le suivi de la grossesse.
J'ai dont posé tout un tas de questions très techniques et qu'on pose rarement avant d'être enceinte ou d'être "en phase de conception", mais j'assume ! :P
Pour l'essentiel, le Dr AB (appelons-la comme ça, ça ira plus vite) m'a semblé entendre mes objections et peut-être même les comprendre... Mais ne leur accorder presque aucun crédit. Ou plutôt, elle a réagi à chaque fois en argumentant le pourquoi du comment IL FALLAIT faire comme ceci, comme cela ... J'aurais préféré qu'elle me dise pourquoi elle pensait qu'il ETAIT PREFERABLE de faire comme ceci, comme cela ... Quitte à ce qu'elle me dise ensuite qu'elle, elle n'accepterait aucun suivi dans ces conditions. Ce que je désapprouve, mais que je compends !
Comme après réfléxion, je me sens un peu mi-figue, mi raisin, j'ai choisi (vous lirez les raisons directement dans la lettre) de faire un courrier.
Je vous le saucisonne un peu, car c'est très long, et que je voudrais bien lire les commentaires que ça suscite ...
Docteur,
" Vous m'avez reçue le XXX pour un retrait d'implant et une prise de contact. Bien que la prise de contact se soit mieux passé que je ne l'appréhendais, il y a un certain nombre de points abordés pendant notre entretien sur lesquels je souhaiterais revenir.
En préambule, je suis tout à fait prête à reconnaître que j'ai commis une maladresse en remettant le document que j'avais imprimé sans prendre le temps de vous en lire un passage. Je souhaitais vous permettre de gagner un peu de temps, mais il est possible que cela aie faussé votre première impression. Je suis bien consciente que tout ce qui circule sur Internet est sujet à vérification, recoupement ... Il n'est en aucun cas (ceci, en revanche, je vous l'ai dit) question pour moi de m'y référer sans chercher à comprendre les motivations des auteurs, leurs convictions profondes, sans chiffres et sans contre-arguments ..
Également, je crois m'être mal exprimée en ce qui concerne mes peurs. J'ai acquiescé lorsque vous avez complété ma phrase ainsi : [Lors de l'accouchement, je ne souhaite pas] « être passive » . En réalité, je n'ai pas tout à fait osé m'exprimer en ces termes, mais ce que je redoute, c'est d'être « chosifiée ». Comme l'aurait témoigné le passage le plus important à mes yeux du texte précité que j'aurais du vous lire : « La sélection d'entretiens (...) reflète une idée communément répandue que le vagin de la femme accouchante devient la propriété exclusive du corps médical. »
Cependant,vous m'avez semblé faire preuve de compréhension, d'écoute. Malgré le fait que je n'ai pas pensé à vous demander si vous compreniez que l'on puisse ressentir cette peur. Le fait que vous ayez évoqué de la possibilité d'accouchements « hâtés » sur demande de la patiente, dans certaines conditions, me semble révéler que vous comprenez, même si vous ne l'encouragez pas nécessairement, le fait qu'une femme souhaite être sûre d'être aidée par un médecin qu'elle connaît bien.***
Entre parenthèses, vous avez employé l'expression « être accouchée », qui n'est probablement pas la plus adaptée à une patiente dans mon cas (je conçois qu'elle puisse parfois rassurer une "primipare") , car elle renvoie à l'idée que la parturiente est accouchée, et non que la parturiente accouche. Ce qui, vous en conviendrez, est diffèrent ...
Je souhaite maintenant aborder nos « désaccords ». J'ai réfléchi longuement à la manière de le faire, et j'ai pensé qu'il valait mieux éviter de prendre un rendez-vous uniquement dans ce but, car je sais que vos patients et patientes sont déjà une charge de travail conséquente. J'ai donc estimé que le mieux à faire était de rédiger ce courrier. Vous pourrez le lire quand le temps vous le permettra, et il me semble que suivant vos sentiments face à certaines de mes requêtes, vous serez en mesure de me dire si vous acceptez de vous voir confier mon suivi de grossesse et mon accouchement, ou si vous préférez que je m'oriente vers un autre médecin.
Tout d'abord, il me semble important de dire ici que j'ai toute confiance en votre expérience médicale, que j'ai du respect pour vous, pour votre métier, et pour vos arguments. Cependant, je crois aussi très fermement que le vécu de la grossesse et de l'accouchement est une forme de « savoir » d'une autre nature qui peut compléter, ou parfois s'opposer aux connaissances médicales. Je crois que chaque grossesse est différente, que chaque femme (et chaque couple) a des besoins différents pour chaque accouchement.
De ce fait, je pense que vos recommandations et argumentations sont les bienvenues, qu'elles sont susceptibles d'éclairer les femmes et ceux qui les accompagnent dans leur grossesse, et parfois, de les mener vers un meilleur choix qu'elles n'auraient pu le faire seules. En revanche, il me semble que la médecine doit aussi pouvoir accepter qu'un patient fasse un mauvais choix en étant bien informé, plutôt que de le voir se ranger au seul avis qu'on lui donne.
C'est pourquoi je vous adresse cette lettre avant même d'être enceinte. En effet, il me semble primordial de trouver le bon médecin pour moi (encore une fois, je ne remets nullement en doute vos compétences, je cherche juste la personne qui comprendra mes angoisses et saura les entendre, faire évoluer ce qui peut évoluer et respecter certaines décisions sur lesquelles je n'ai vraiment aucun souhait de revenir.) Je ne souhaite pas qu'une incompatibilité avec un médecin, fût elle seulement « technique » et non humaine, ne puisse me contraindre à changer d'interlocuteur et/ou de structure médicale en cours de route. Ceci dans l'optique d'un suivi plus lisible, plus simple et plus serein aussi bien pour moi que pour l'équipe médicale. "
A suivre !
NDLR : en souligné, ce qui est en italique dans le texte original - la mise en gras et les astérisques ne sont évidemment pas dans la lettre, mais seulement à l'attention des lecteurs d'Apostille ;)
* Pour ceux et celles qui mé découvrent, on en reparlera,disons pour faire court que je suis une phobique de la sphère gynéco - Mais je me soigne ! :D
** J'ai choisi en toute connaissance de cause de vivre cette grossesse, de ses prémices à la toute fin, avec mon cher et tendre. En cas de désaccord inconciliable, il me semble que le dernier mot me revient, parce que c'est MON corps, mais nous faisons tout notre possible pour éviter le désaccords inconciliables. Pour le moment, ça marche ! :D
Comme on prévoit de faire au moins les 3 échos, le projet de naissance et l'accouchement (et le bébé aussi, et son éducation ;p ) ensemble, oui, c'est NOTRE interlocutrice à tous les deux !
*** Lors de cet entretien, elle m'a expliqué que parfois, que demande des patientes, si leur situation physique le permet, elle accepte de déclencher un accouchement quelques heures ou jours à l'avance. Ca permet parfois de s'assurer de la présence du second parent (s'il voyage beaucoup ou a un métier avec asteinte), ou d'être sûre que l'accouchement sera fini avant le changement d'équipe ... Elle m'a avoué qu'elle n'y aurait pas eu recours pour elle-même, mais qu'elle comprenait qu'on puisse faire ce choix. Un mauvais point pour la méthode et pour le coté "Le changement d'équipe, c'est pas terrible", elle peut aussi agir pour arranger ça, non ? . Un bon point pour l'empathie ...