Le nom de mon mari, le féminisme, et moi et moi et moi ..
Publié le 20 Mars 2012
(Article posté sur mon autre blog, mais je vous le remets ici pour que vous puissiez suivre le fil de mes réflexions... C'est déjà pas simple ;)
Cette note m'a été soufflée par un échange avec une copinaute qui se reconnaîtra, et qui a choisi de conserver son nom de naissance après son mariage.
Je trouve ce choix très féministe. Après tout, et même s'il s'agissait, je crois, plus de la coutume que de la loi, pendant des siècles, les femmes ont pris, d'abord, le nom de leur père, puis ensuite, le nom de leur époux. Aucune trace de la mère nulle part, sur ce point ... Cela résumait assez bien le statut qui était celui des femmes. Propriété de leur père, qui pouvait alors les marier plus ou moins à sa guise, puis propriété de leur époux, qui souhaitait faire prospérer sa lignée grâce à ce que lui n'avait pas : la capacité de "fabriquer" des enfants. Heureusement, le statut des femmes a évolué depuis !
Je comprends tout à fait, en outre, la volonté de ne pas "abandonner" son nom. Même si celui-ci, notre "nom de jeune fille", reste lié à nous à jamais, on peut très bien avoir envie de l'utiliser après son mariage... Après tout, nous ne cessons pas d'être la même personne. Et nous n'appartenons qu'à nous-mêmes.
Pourtant, j'ai embrassé (je choisis ce mot exprès, vous allez voir !) le nom de mon mari. Et je sais que je vais m'attirer les foudres de certaines, mais il m'arrive relativement souvent, quand j'écris à nos deux noms, de mettre dans la case expéditeur : M. et Mme Chocolat I. (I : initiale du prénom de mon mari.)
Je vais vous avouer une chose. Jusqu'à très récemment, je ne m'étais jamais posé la question. Je savais que je n'avais aucune obligation de choisir de porter ce nom, et qu'il existait une possibilité très "égalitaire" : celle de porter, ensemble, nos deux noms, devenant officiellement les Poison-Chocolat (ou Chocolat-Poison, peu importe !)
Mais ce n'est pas celle que j'ai choisie. Je dis "je", car, Monsieur Chocolat n'y voyant aucune objection, nous n'avons guère discuté à ce sujet. Il aurait pu me suggérer l'option Poison-Chocolat, mais il ne l'a pas fait. Et pourtant, mon amoureux est un féministe, un vrai de vrai.
Alors, mais pourquoi avons nous poursuivi la tradition ? Peut-être parce que, pour nous, qui considèrons tous deux que les hommes et les femmes sont égaux, bien que différents, il ne s'agit de rien d'autre que d'une différence... La différence étant que l'usage le plus courant, c'est celui-là. Ce qui ne constitue pas un jugement de valeur !
Peut-être que la coutume vient de vielles traditions désuètes, voire même d'une histoire cruelle et heureusement de plus en plus lointaine. Mais maintenant que nous avons vraiment le choix (contrairement à une idée répandue et même si c'est galère à faire entrer dans les cases, l'homme peut en effet porter le nom de son épouse,et celui-là seulement, sans l'accoler au sien !), est-ce-que l'on peut dire que "sacrifier" à cet usage, c'est être une mauvaise féministe ?
Je ne peux m'empècher de faire le parallère avec le mariage. Après tout, maintenqnt que nous sommes libres, nous, les femmes, de pouvoir avoir notre propre vie, d'avoir un compte en banque, un travail, un bien immobilier, voire "d'obliger" un père récalcitrant à prendre plus ou moins soin de son enfant, le cas échéant, pourquoi nous marions-nous ?
Comme le faisait remarquer Sel, et comme j'en suis totalement convaincue, il n'y a pas "Une Femme, LA Femme".
(Couverture de "Femmes du Monde", de Titouan Lamazou)
En ce qui me concerne, j'ai épousé mon chéri comme on s'embarque pour un voyage au long cours. Avec la conviction que le voyage peut parfois se révéler difficile, mais qu'il recèle des trésors inattendus, et que l'on ne peut pas appréhender avant d'y être. J'ai fait le pari de tout faire pour que ce voyage m'emmène le plus loin possible, et chaque jour, nous entretenons avec soin ce vaisseau que nous appelons mariage, et sur lequel nous sommes montés, ensemble, avec la ferme intention de trouver ensemble le cap à suivre, de nous soutenir jour après jour, de ne pas abandonner le navire.
Dans ce voyage, nous devrons parfois faire des concessions, parfois nous écharper pour faire apparaître certaines vérités, afin d'apprendre à propos de l'autre,et à propos de nous-mêmes.
Je ne tenais pas à utiliser mon nom. Attention, il m'est précieux, mais quid du nom de ma mère, du nom de l'arrière grand mère que j'ai bien connue, de celui de la fine branche russe de ma famille, à laquelle je tiens pourtant presque autant qu'elle est menue ?
Pour être exacte, je devrais porter au moins quatre noms. Trois d'entre eux ne sont plus utilisés chez nous, et n'ont plus de place que dans mon arbre généalogique. Alors, même si mon nom de jeune fille est probablement celui des quatre qui m'est le plus proche, parce que j'ai connu plutôt plus et plutôt mieux cette branche de la famille, sa mention sur des papiers n'a aucune importance à mes yeux. Je sais de qui je suis la fille, la petite fille. Je connais les noms et prénoms de naissance de presque tous mes arrière grands-parents. Ces noms qui ne sont pas sur le papier, ces prénoms, c'est ça mon histoire.
Quand à celle que je suis, pour moi, cela se joue essentiellement dans mon prémon. Il n'a commencé sa vie dans la famille qu'à mon arrivée. Au contraire de mon nom, il n'appartient presque qu'à moi. Même si je trouve que son usage est malaisé. En effet, je n'aime pas que mon amour utilise le même mot que la sécurité sociale ! :D J'ai donc milité longtemps en faveur de surnoms, et j'en ai plusieurs, ce qui m'amuse car ils correspondent à des cercles différents.
Au jour de notre mariage, j'ai choisi de lier mon histoire à cet homme. Et j'ai délibérement choisi ce qui, pour moi, ne représentait pas un renoncement, mais un chapitre de plus à mon histoire.
Je n'en éprouve aucun regret.